# Ein.

# Ein.
[re]Commencement.

# Posté le mardi 22 avril 2008 14:00

# Zwei.

# Zwei.
Parfois j'habite un long prologue. Quelque chose comme une phrase bleue, encre jetée entre les îles.

# Posté le jeudi 24 avril 2008 07:56

Modifié le jeudi 24 avril 2008 16:12

# Drei.

# Drei.
"Anywhere, out of the world."
Charles Baudelaire.

# Posté le jeudi 24 avril 2008 14:25

Modifié le jeudi 24 avril 2008 16:12

# Sechs.

# Sechs.
Venise, dans trois jours. Il faut que je me trouve des lunettes aviators.
Je suis amoureuse, enfin je crois.. non, je ne crois pas. je suis sûre.
Cette sensation de papillons dans le ventre dès que je le vois, ses
yeux bleus qui me transpercent le coeur dès qu'il me regarde, son
sourire tellement parfait, pourquoi aurais-je un doute ? La perfection
réincarnée, ça existe, j'en suis accro. Mais c'est plus qu'une envie de
fumer. C'est un éclair, un frisson qui parcourt mes reins pour aller se
perdre plus loin. Mes projets estivaux tournent autour de lui. Il est mon
tout, mon idéal, mes pensées les plus folles, le sang que pompe mon
coeur, mes pulsions sexuelles, mes yeux qui brillent, mes organes
à l'envers et ma fébrilité passagère. Et pourtant, et pourtant .. Je ferai
tout pour, cet été. Je l'ai promis. Je l'aime trop pour le laisser passer..

# Posté le mercredi 14 mai 2008 15:19

# Sieben.

Venise, dans deux jours.


" Ils passèrent une semaine à Venise début octobre.
Hélène allait mieux. Elle avait un traitement allégé. Il fit
beau tous ces jours, une lumière liquide, dorée. Ils furent
de parfaits touristes. Hélène se reposait souvent l'après-
midi pour pouvoir marcher vers vingt heures, et le soir
après le dîner. Elle n'avait qu'un désir : revoir. Revoir Tor-
cello, le Jugement de la basilique, les canaux glauques, cette
île campagnarde et ruinée, revoir les chevaux, l'hypostase,
les mosaïques de Saint-Marc, la solide vacante de la Giu-
decca.
Un matin ils déambulaient dans l'église des Frari aux
belles poutres de bois lorsqu'une cloche invita les visiteurs
à quitter l'édifice. Ils sortirent. Sur le canal qui vient
mouiller l'abside de l'église, une gondole funéraire arri-
vait.
Ils eurent un long silence, une réserve qui dura plusieurs
minutes et qui enchâssait la barque de mort. Et Hélène
recouvra sa joie, son insouciance. Venise l'émoustillait. Elle
voulut retrouver la boutique d'une couturière qu'elle avait
bien connue. Elle décrivait l'art des ourlets, les galons, le
luxe des matières, les passementeries. La boutique n'exi-
stait plus. Il se perdirent dans le réseau des calli.
Le temps était encore doux dans le petit jardin de l'hô-
tel sous le treillis de lauriers-roses. Quand elle ne souhai-
tait pas sortir, elle s'installait à une table et écrivait
des cartes. Venise avait été la ville des amants, des chefs,
des grands interprètes, mais elle ne parlait de rien, non que
la maladie l'eût rendue amnésique, mais légère, sans pesan-
teur biographique, toute à la grâce de l'instant. Aux itiné-
raires qu'elle choisissait et qui l'entraînaient plutôt du côté
de l'embarcadère pour Torcello ou des arrières de la
Salute, Erich Sebastian comprit qu'elle voulait éviter la
Fenice. Elle aimait la peinture, la mosaïque, la gale des
vieux murs, les vapeurs qui flottaient sur la lagune. Elle
aimait des détails : un démon fourchu sur la muraille des
enfers à Torcello, une Vierge tutélaire au fronton d'un
palais, des marches moussues qui descendent dans l'eau, le
petit chien de Saint-Augustin dans le tableau de Carpaccio.
Elle voulait qu'on ne parlât de rien. Erich Sebastian la
voyait parfois regarder un palais, un hôtel avec insistance,
un soir ou deux elle exigea de dîner dans un petit restau-
rant dont elle prétenait connaître le chef, au hasard des
pas des lambeaux se retissaient, et ce voyage se muait en
une reconnaissance crépusculaire par les eaux et les
brumes d'une ville sans voix."


P. Le Guillou - Les sept noms du peintre
# Sieben.

# Posté le jeudi 15 mai 2008 13:15